Résumé des épisodes précédents : j’aime mon chat Tantor (mais si vous le répétez je nierai), Tantor bave bizarrement (alors qu’avant il bavait normalement) donc je l’ai emmené chez le véto, et maintenant j’attends le résultat des analyses de Tantor (qui bave toujours bizarrement).

Le téléphone sonna.

C’est le véto qui voulait me voir pour parler des analyses. Il me parla avec une voix toute douce (mauvais signe). Il me demanda si j’avais des problèmes cardiaques et si j'étais capable, par exemple, d’encaisser de mauvaises nouvelles, voire de très très mauvaises nouvelles sans avoir besoin d’être réanimé. Puis il insista pour que je vienne avec un slip de rechange et avec un pantalon de rechange au cas où. (mmmm)(je pensais qu’il me cachait quelque chose)(encore un mauvais signe).

J'ai mis Tantor tout gluant de bave dans sa boite de transport. Il s'est laissé faire sans me cracher dessus, sans m’insulter, et sans me faire sa traditionnelle griffe d’honneur. (un mauvais signe de plus).

La rue était quasi déserte. Les habitants faisaient vite rentrer les enfants lorsqu’ils m’apercevaient. Les volets des fenêtres se fermaient sur mon passage. J'ai même vu des vautours tourner dans le ciel au-dessus de moi. (si ça c’était pas du mauvais signe, madame, je ne m’appellais pu Bigbruno mais Chochotos 1er).

Chez le véto la secrétaire avait plein de poussières dans l’œil qu’elle passait son temps à essuyer avec son mouchoir. Le véto avait installé une grosse horloge franc comtoise derrière son bureau, et le gros tic-tac était le seul bruit qui résonnait lentement dans les lieux. (ça commençait à me foutre sérieusement les boules cette histoire).

Le véto se leva lentement de son siège et se diriga vers moi en secouant doucement sa tête. Il posa sa main sur mon épaule et me dit : « C’est grave ! » (ce qui semblait être un nouveau fichu mauvais mauvais signe)(mais je me trompais peut-être).

Et là le véto posa ma boite à chat sur la table et en sortit mon Tantor (qui se laissa faire sans rien dire, yeux baissés). Et il caressa Tantor tout en me parlant avec des tas de mots compliqués.

« Blablabla Tantor blablabla résultats des analyses blablabla cancer de la langue blablabla pov ti chat blablabla grave blablabla ti minou blablabla très grave blablabla gouzigouzi le chat blablabla archi grave blablabla métastases blablabla faut être courageux blablabla vous pouvez changer de slip et de pantalon dans la pièce à côté blablabla et à part ça vous partez où en vacances blablabla…. »

J’ai regardé mon chat. Tantor m’a regardé. Le monde semblait s’écrouler autour de moi. Je ne voyais que les yeux de mon chat qui me fixaient. Il n’y avait alors que lui et moi qui existions. J’ai revu des tas d’épisodes de notre vie commune : la fois où il avait chié sur ma déclaration d’impôt, la fois où il avait disparu une semaine et que je l’avais retrouvé dans une communauté hippie, la fois où je l’avais emmené dans un magasin d’aspirateurs, la fois où j’ai voulu tester au bout de combien de mètres de haut un chat ne retombe plus sur ses pattes, la fois où j’ai fait mes besoins dans sa litière pour rigoler…Puis Tantor a baissé les yeux. Et je suis retombé brutalement sur terre avec l’envie de changer de slip et de pantalon.

J’ai demandé : « Je dois faire quoi alors ? »

Et le véto m’a répondu : « C’est à vous de prendre la décision ! »

Un homme est arrivé brusquement dans la pièce et s’est mis à parler très fort.

« Hop hop hop ! Attendez un peu ! Ne parlons pas trop vite ! Bonjour Monsieur, bonjour le chat Tantor,  je suis l’avocat de cette clinique vétérinaire. Alors voilà, nous n’avons pas le droit de vous conseiller quoi que ce soit au sujet de votre adorable petit chat. Si vous voulez, je dis bien, si VOUS voulez l’euthanasier, c’est votre idée, votre choix, c’est VOUS qui décidez tout ça tout seul de tuer votre merveilleux chatouninet qu’est Tantor. Ce n’est pas NOUS, c’est VOUS ! Est-ce bien clair ? »

Le véto a ajouté : « je peux vous donner des médicaments pour que Tantor se sente mieux. Mais vous savez, son état va se dégrader assez vite. Il ne va plus pouvoir se servir de sa langue, plus pouvoir déglutir, plus pouvoir se laver en se léchant, plus pouvoir mordre vos doigts de pieds qui dépassent de la couette, plus pouvoir avaler sans mâcher ses 5 kilos de mou, plus pouvoir laper son lait qui lui donne la chiasse putride d’un éléphanteau... Il ne faudrait pas que votre chat souffre trop longtemps. Vous allez devoir prendre une décision rapidement ! »

« VOTRE décision ! » a précisé l’avocat.

J’ai donc pris mon chat, les médicaments, et je suis retourné chez moi pour prendre MA décision.

(à suivre)